Sur un papier de rose fané, j’y coucherais, si j’en avais le courage, tous mes rêves, toutes mes pensées, toutes mes espérances. Je vous donnerais en une belle majuscule le début de mon histoire, les lettres s’accrocheraient en une ronde sans fin, pas de virgule, pas de point. Un conte où se mêlerait dragon et fées, où les petites filles ont le droit de parler, où les petites filles ont le droit de chanter, où les petites filles ont le droit de pleurer.
Sur un papier de ciel d’été, je vous graverais les rêves de mon enfance, ceux de mon adolescence, ceux de maintenant. Je vous raconterais les voyages extraordinaires que je fais éveiller quand je laisse aller mon âme à la dérive ou que je plonge au milieu de mes médicaments, personne ne sait, personne ne peut savoir où je vais, pas même moi. Mes débordements sont nos secrets même si parfois c’est dur pour vous de les accepter.
Sur une feuille arrachée d’un cahier de brouillon j’y verserais les larmes d’un soir, les ombres et les mauves qui surveillent mes insomnies. J’y allongerai mon corps fatigué et usé de veillé sur des espoirs déçus, baigné d’alcool et de cachets que je voudrais absorber pour partir loin de tout et de tous. L’encre s’y diluerait, au courant de mes larmes, s’il n’y avait parfois des coups de téléphone qui rappellent qu’il y a de l’air dehors.
Sur une feuille rouge sang j’y laisserai couler toutes ces gouttes égarées de mon enfance, ces dessins que je traçais sur mes bras pour me punir de n’être pas à la hauteur, de ne pas savoir me faire aimer. J’y ajouterai celle de ma vie d’avant vous, celle des stigmates dont j’affublais mon esprit et mon être de chair, pour que l’on me voie, pour que j’existe pour moi. Et un cœur empalé.
Sur un papier noirci d’encre renversée, j’y inscris des maux invisibles, que seule je sais lire ; au fur et à mesure oubliés du trop de mal qu’ils m’ont donnés à être écrits je les garde prisonniers de mon cœur. Ceux là sont de ceux qui prennent encore le chemin de la poubelle, mais je vous en confie d’autres et de plus en plus, ce sont mes trésors et je veux les partager avec vous.
Sur un papier blanc, l’encre sympathique trace les mots que je vous livre. Ils n’appartiennent qu’à vous, qu’à moi, Le papier blanc est nos rendez-vous et son encre nos paroles. Pas même une chandelle pourrait les révéler à d’autres et je ne supporterais pas qu’il en soit autrement.
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